Thursday, July 2, 2026

Mensonge ou réalité?

 


La Vie mensongère des adultes
d'Elena Ferrante (2022). Dans ce roman, la narratrice Giovanna raconte son adolescence, une transition brutale où elle quitte l'insouciance de l'enfance pour affronter le monde réel et tous ses enjeux. Elle découvre progressivement les failles de la société : le cercle vicieux des mensonges, le poids des non-dits et les fausses apparences. Alors qu'elle croyait au bonheur, l'hypocrisie de son entourage lui révèle une réalité bien moins enviable que les apparences pompeuses de son milieu. Pourtant, cette désillusion marque aussi le début de l'émancipation et de l'apprentissage. Pour grandir, elle devra surmonter ces épreuves, affronter la réalité et y faire face avec sagesse et résilience. Un magnifique roman d'apprentissage au rythme résolument cinématographique.

Les souvenirs de David Foenkinos, 2018


Je viens de terminer la lecture des Souvenirs de David Foenkinos, et mes propres souvenirs ont émergé, aigres-doux, au goût des événements qui ont marqué jusqu'ici ma vie. Ce roman original oscille entre le passé et le présent, et montre à quel point les souvenirs du passé marquent le caractère des êtres humains. C'est surtout vrai lorsqu'il s'agit d'êtres chers qui faisaient partie de notre quotidien et qui ont disparu physiquement. Leurs traces restent gravées dans notre mémoire, dans nos valeurs, dans nos comportements et dans notre pensée. Ils restent là, invisibles à côté de nous, mais leur esprit est tellement présent qu'on a tendance à demander leur avis et à prévoir leur réaction. En fait, le narrateur se souvient de son grand-père, de sa grand-mère, de ses parents et des personnes qu'il a côtoyées ça et là au fil de son parcours. La lecture de ce livre est plaisante, le style est fluide, et les anecdotes sont tellement vraies qu'on a l'impression de les avoir vécues soi-même. Enfin, les souvenirs qui sillonnent les chapitres sont comme des métaphores d'une pensée fragmentée qui essaie de saisir des visages et des histoires éphémères accompagnant les moments intenses de la vie.

Monday, August 11, 2025

Le Périple de Baldassare (Amin Maalouf, 2000)


 Le périple de Baldassare raconte l’histoire du personnage éponyme, Baldassare Embriaco, marchand génois qui fait un long voyage périlleux a la recherche d’un soi-disant livre qui indique le centième nom de Dieu. Bien que le récit soit fictif, l’auteur y intègre des faits historiques significatifs qui ont eu lieu au 17e siècle. D’un côté, il raconte la situation de la région gérée par l’Empire ottoman, de l’autre, il évoque des évènements et des tensions affectant les pays occidentaux pendant cette période. 

 Certes, la lecture est lourde et lente, allant au rythme du voyage en mer qui durait des mois, défiant tempêtes et pirates, pour aboutir sur un rivage peu connu, fertile d’aventures palpitantes et de personnages intrigants. La période visée est dépeinte comme une mosaïque culturelle et religieuse distinguant la région, où Italiens, Grecs et Portugais côtoyaient Syriens, Libanais et Carthaginois. Où Chrétiens et Musulmans négociaient leurs croyances ainsi que leurs marchandises. 

 Au fil de son parcours qui dure une année complète, le narrateur, Baldassare, inscrit ses mémoires marquants son périple dans des cahiers de voyage qu’il égare en route. Le lecteur se demande alors, comment l’auteur a pu rapporter ces mémoires perdues pour écrire son livre? 

 Au cours de son voyage, Baldassare passe d’une ville à l’autre en suivant les traces du livre convoité. Mais aussi, il suit ses sentiments qui le guident vers la femme aimée, que ce soit Marta qui lui préfère son brigand de mari, ou Bess qui le console comme une mère bienveillante, pour épouser enfin de compte, Giacominetta, la jeune fille du marchand génois. Ainsi, Baldassare, dont les ancêtres se sont installés en Orient depuis des siècles, retourne au berceau familial initial, celui de l’Italie; son identité est restaurée, mais à quel prix? 

 A la fin de l’histoire, Baldassare qui réussit à posséder le livre fatidique semble se désintéresser de son contenu et ne veut plus rien savoir du nom de Dieu caché entre les lignes tracées par un ancien auteur persan nommé Mazandarani. Ainsi, une fois qu’il retrouve ses origines occidentales et qu’il accepte l’offre généreuse de Gregorio d’une vie stable et riche en Italie, le marchand génois laisse tomber tout ce qui le liait à l’Orient où il est né et il a vécu toutes sortes d’aventures tumultueuses. 

En lisant ce roman, on ne peut que faire le parallèle entre le monde de 1665 (désignée dans le livre comme « l’année de la Bête ») et celui du 20e siècle qui annonçait la fin du monde en l’an 2000. En outre, le personnage principal, Baldassare, semble incarner le citoyen du monde actuel qui est à la recherche continuelle de son appartenance identitaire. 

Wednesday, August 19, 2020

L'amie prodigieuse: l'histoire d'une amitié

Rédigée en italien, la tétralogie d’Elena Ferrante, relate les étapes d’une amitié qui lie les deux protagonistes Lenu (la narratrice) et Lila depuis leur enfance dans un quartier pauvre de Naples. L’histoire qui commence dans les années 50 au 1er tome, enfance et adolescence, reflète l’ambiance socio économique de l’Italie à la suite de la 2e guerre mondiale, où les clans politiques sont en pleine ébullition, semant violence et peur chez les habitants de la région. La dichotomie politique et sociale se reflète dans le caractère des deux amies : Lila perçue comme étant la plus méchante, et Lenu, considérée comme la plus douce. Lors de leur parcours de jeunesse, au 2e tome, les deux jeunes filles font face a plusieurs péripéties amoureuses qui, tantôt les rapprochent et tantôt les éloignent, tirées par des sentiments contradictoires de solidarité et de jalousie. D’autant plus, au 3e tome, l’affirmation de soi se manifeste à travers la métamorphose des deux protagonistes, le lecteur sera ravie de poursuivre avec passion le destin de celle qui fuit et celle qui reste, ou chacune sera vouée à suivre un chemin différent de celui de son amie. Cela n’empêche que l’amitié entre les deux jeunes filles s’avère solide et indestructible au fil du temps, malgré les épreuves auxquelles elles ont été confrontées. Pour boucler la boucle, Lenu et Lila se retrouvent de nouveau lors de leur vieillesse, au 4e tome, dans leur quartier d’enfance, là où elles ont noué leur premier pacte d’amitié. Le style de l’auteur où l’autrice est tellement fluide et envoûtant, qu’il mène le lecteur dans l’ambiance authentique de Naples baignant dans la chaleur et la cadence de la Méditerranée, où se mêlent le grondement du Vésuve à la brise nostalgique des monuments historiques qui distinguent cette ville du sud de l’Italie. L’amie prodigieuse témoigne de la prodigalité de son auteur ou autrice, qui, sous le pseudonyme d’Elena Ferrante, a su forgé une nouvelle identité, celle de l’écriture humaine, qui dépasse tout autre forme d’identité, que ce soit celle du genre, de la culture, ou de la race.

Saturday, April 20, 2019

Hommage aux femmes libanaises migrantes


 

Résultats de recherche d'images pour « Le bonheur a la queue glissante: roman »Le bonheur a la queue glissante de Abla Farhoud met en scène le personnage attachant de Dounia, une femme septuagénaire qui relate, à travers une voix intérieure, son parcours migrant d’un petit village du Mont Liban, jusqu’à Montréal, la métropole des français canadiens, pour rejoindre son mari expatrié avant elle. Son aventure dans le nouveau monde s’avère pénible surtout pour une femme analphabète qui arrive au Québec dans les années cinquante.  

Dounia se définit comme étant muette parce qu’elle ne s’exprime pas dans la langue du pays d’accueil, elle se croit effacée à cause de l’imposante présence de son mari Salim, elle se décrit dépendante parce qu’elle ne peut rien faire seule et se trouve enfermée à cause de ses responsabilités de mère de sixenfants. Pourtant, « sitto Dounia » comme l’appelle ses petits enfants est tout un univers (selon la traduction du nom). En réalité, malgré l’image peu flatteuse qu’elle projette d’elle-même, Dounia fait preuve de beaucoup de sagesse, de détermination et d’altruisme. Elle a su maintenir sa famille pendant les temps difficiles, elle a pris la charge lorsque son mari était absent, elle était à l’écoute quand quelqu’un voulait se confier, elle a accepté sans jugement ses enfants avec leurs défauts et leurs qualités, elle a gardé leurs enfants quand ils avaient besoin d’elle, elle les a nourri avec ses mets exceptionnels confectionnés quotidiennement avec soin et par amour.

Dounia est le symbole de la Vie, de la Mère qui donne sans retour, dont l’énergie se renouvelle avec chaque émotion ressentie, au contact de ses enfants et petits enfants. Même si elle ne parle pas français, Dounia communique avec son cœur et la langue du silence qu’elle adopte est plus forte que mille mots rangés dans une phrase mielleuse bien construite.

Le roman de Farhoud est un hommage à toutes les grand-mères qui se croient incomprises et sous estimées. Il serait souhaitable de le traduire dans la langue d’origine de l’auteure pour atteindre un plus grand public, celui des femmes libanaises migrantes, qui, comme Dounia n’ont pas eu le temps d’apprendre une autre langue que celle de leurs ancêtres.  

Si le bonheur est éphémère, comme le dit Dounia, il serait heureux de le déguster avec appréciation quand il se présente.

J’offre ce livre à ma belle-mére, qui connaît le langage de Dounia, celui du cœur!

Monday, March 11, 2019

Arriere-gout amer de la guerre libanaise


Résultats de recherche d'images pour « parfum de poussiere »

Parfum de poussière (De Niro’s Game en version anglaise originale) est  un roman de Rawi Hage relatant un épisode crucial de la guerre civile libanaise, vu à travers la perspective du jeune personnage narrateur, Bassam, qui s’implique de force avec son ami Georges, surnommé « el fransaoui », dans des situations dangereuses qui les mènent tous les deux à sortir des sentiers battus pour gagner leur vie d’adolescents orphelins, vivants dans un pays pris dans une longue guerre absurde. Unis depuis l’enfance par une solide amitié de voisinage, les deux garçons se vouent à un destin clandestin causé par la vie chaotique et violente, sous les bombardements sporadiques pleuvant sur les rues désertées des deux Beyrouths, celle de l’Est et celle de l’Ouest. Témoins des atrocités de la violence au quotidien, les deux gosses ne résistent à aucune tentation. Vols, tueries, indécences, drogues, mensonges et blasphèmes rythment leur vie ainsi que la narration en lui donnant l’allure des films d’action américains. Pourtant, ce que raconte le « Rawi » (conteur en arabe) sur du papier n’est qu’une vérité pure et dure que reconnaîtront ceux et celles qui ont survécu à la guerre du Liban. La description exacte des lieux et la narration précise des événements qui ont secoué la région éveillent dans l’esprit des lecteurs libanais  des souvenirs vivides d’un vécu morbide qui les a marqué, au même titre que l’auteur. Certains s’identifient à Georges qui a refusé de quitter le pays et d’autres s’assimilent à Bassam qui a tout tenté pour fuir la guerre et trouver refuge ailleurs.

Arrivé à Paris, le narrateur Bassam se métamorphose en Meursault, le personnage absurde dans L’Étranger de Camus. Il devient comme lui, étrange, silencieux, indifférent, détaché, se rappelant la mort de sa mère sans verser une larme, passant ses journées désœuvrées en attendant l’inconnu, épiant les passants de son balcon parsemé de rayons de soleil. Mais, à l’encontre de Meursault, Bassam ne se laisse pas faire, il réagit, il se défend et se déculpabilise en purgeant sa mémoire pour se libérer du traumatisme causé par la guerre. Enfin de compte, invincible, Bassam continue son chemin vers sa destinée de rêve, il se dirige vers… Rome.

Wednesday, February 27, 2019

Une pièce de théâtre en deux actes, 22 scènes



Le sourire de la petite juive de Abla Farhoud




A travers son livre, Abla Farhoud transpose son talent dramatique en un roman qui se joue comme une pièce de théâtre moderne divisée en deux actes : Côté Mile End et Côté Outrement. A son tour, chaque acte est composé de plusieurs scènes dont le nombre et équivalent à celui des portraits qui défilent sous la plume du personnage/auteure, Françoise Camirand.

Le journal de Hinda Rochel, personnage rencontré et raconté par la narratrice devient le fil conducteur qui entrecoupe la pièce comme un monologue intérieur d’une jeune fille hassidique qui se défoule à l’écrit pour marquer ses observations et sa révolte contre les contraintes culturelles qui lui sont imposées.  

Ce n’est pas un hasard que les deux personnages soient des femmes écrivaines, Hinda et Francoise ne sont que les deux facettes de l’auteure elle-même, résidente de la rue Hutchison, où se déroule l’histoire, qui se métamorphose à  travers ses personnages féminins. Tantôt, elle prend le rôle de l’adolescente révoltée qu’elle était lorsqu’elle a immigrée au Québec avec sa famille (Hinda), tantôt, elle devient la femme écrivaine amoureuse de ses livres jusqu’au point de les considérer comme « sa progéniture de papier » (Françoise).

En effet, tous les personnages habitants Côté Mile End et Côté Outrement représentent la diversité culturelle qui distingue la ville de Montréal. Qu’ils s’appellent Willa, Benoit, Tamara, Albert, Antonella, Hershey, Srully, Bathseva, Chawki, Isabelle ou Xaroula, ils sont tous, comme le confirme Françoise Camirand, l’alter ego de Farhoud « des  parties d’elle-même. Des bouts de vie des autres ou de sa propre vie […] qu’elle a mis en mouvement pour mieux saisir …la vie »

Et le sourire dans tout cela?
C’est le signe universel de la convivialité qui crée des ponts entre les humains.